Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

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« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

« Réparer les vivants » est un magnifique roman polyphonique qui nous embarque pour 24 heures dans les méandres d’une transplantation cardiaque. Tour à tour dans la peau de Simon, Marianne, Sean, Lou, Juliette,Revol, Cordelia, Alice, Harfang, Virgilio, Rose,Claire et ses fils, on assiste au long cheminement psychologique, au questionnement, au lâcher prise que cet acte requiert.

Ce qui la tourmente, c’est l’idée de ce nouveau coeur, et que quelqu’un soit mort aujourd’hui pour que tout cela ait lieu, et qu’il puisse l’envahir et la transformer, la convertir -histoires de greffes, de boutures, faune et flore.

Virgilio a choisi le cœur pour exister au plus haut, tablant sur l’idée que l’aura souveraine de l’organe rejaillirait sur lui, comme elle rejaillissait sur les chirurgiens cardiaques qui blindaient dans les couloirs des hôpitaux, plombiers et demi-dieux. Car le cœur excède le cœur, il l’a bien compris. Même déchu – le muscle en exercice ne suffisant plus à séparer les vivants et les morts -, il est pour lui l’organe central du corps, le lieu des manifestations les plus cruciales et les plus essentielles de la vie

J’ai aussi été très sensible à toute la question autour de la définition de la mort, de son changement au fil des avancées de la médecine. Comme il doit falloir se faire violence pour intégrer que la personne aimée est morte alors que son coeur bat encore, que sa peau est tiède.

Au sein de l’hôpital, la réa est un service à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées, héberge ces corps exactement situés entre la vie et la mort. Un domaine de couloirs, de chambres, de salles que régit le suspense.

Car ce que Goulon et Mollaret sont venus dire tient en une phrase en forme de bombe à fragmentation lente : l’arrêt du cœur n’est plus le signe de la mort, c’est désormais l’abolition des fonctions cérébrales qui l’atteste. En d’autres termes : si je ne pense plus, alors je ne suis plus. Déposition du cœur et sacre du cerveau – un coup d’État symbolique, une révolution.

Comme au final, le plus dur dans cette question du don d’organe est pour ceux qui restent. Ceux qui doivent faire le deuil et être dépossédé, un instant, du corps du défunt tout juste après avoir intégré la disparition de ce dernier.

Je sais bien qu’il n’est jamais réjouissant de penser au moment où ne sera plus de ce monde mais parce que la question à son importance viens donc poursuivre la réflexion par ici

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2 commentaires

  1. Marion · juillet 10, 2015

    J’ai hâte de le découvrir, mais je ne pense pas que ce sera ma lecture de plage 🙂

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  2. folavrilivres · août 10, 2015

    Beau billet! J’avais moi aussi beaucoup aimé ce roman, très fort… On est tout simplement happé par l’écriture!

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