Roumanie : pour ceux qui lisent, les transports publics sont gratuits – Cécile Mazin – 19.08.2015 – ActuaLitté

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Un Roumain nommé Victor Miron a proposé au maire de sa ville, Emil Boc, d’instaurer une gratuité dans les transports, pour ceux qui liront dans le bus. Les habitants de Cluj-Napoca n’en reviennent pas, un an plus tard.

Le projet de Victor Miron a fait ses premiers pas voilà une année, et le maire y a donné suite du 4 au 7 juin 2015. Le projet était simple : « Je crois qu’il est préférable de promouvoir la lecture en récompensant ceux qui lisent au lieu de critiquer ceux qui ne le font pas », expliquait Victor. Sa campagne de valorisation a donc pris une ampleur citoyenne, et les habitants ont accepté de se prendre en photo, avec un livre, pour obtenir la gratuité des transports.

A quand ce genre d’initiative en France  😉 ?

Vous pouvez lire l’article en entier ici

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Trilogie Islandaise – Jón Kalman Stefánsson

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Trois tomes durant lesquels il n’y a qu’à se laisser bercer par l’écriture du détail, lente et poétique de Jón Kalman Stefánsson.  Récit du voyage initiatique d’un gamin qui rêve de vivre pour les mots et leur beauté plutôt que pour le poisson à pêcher, décharger,saler encore et encore. Jón Kalman Stefánsson a su créer des personnages attachants, de ceux qu’on pourrait suivre une vie entière tellement leur compagnie nous est douce et familière. Et bien sûr l’Islande, terre entourée d’eau, toute à la fois abrupte, dangereuse, énigmatique et attirante.

« Les hommes n’ont nul besoin de mots, ici, en pleine mer. La morue se fiche des mots, même des adjectifs comme sublime. La morue ne s’intéresse à aucun mot, pourtant elle nage dans les océans, presque inchangée, depuis cent vingt millions d’années. Cela nous apprend-il quelque chose sur le langage ? Eh bien, nous pouvons peut-être nous passer de mots pour survivre, mais nous en avons besoin pour vivre. »

J’ai découvert cette série grâce à l’envoi du premier tome par Laurent
lors du swap que j’avais organisé en mars dernier. Merci beaucoup !

Tout le monde est occupé – Christian bobin

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Ariane buvait, dansait, riait. Robe bleue, coeur rouge. Un beau mariage. Boissons, danses et confidences. Un château avait été loué pour l’occasion. Château, c’était beaucoup dire – plutôt une grosse ferme avec des salles immenses, des murs épais et des plafonds bas. Ariane buvait beaucoup, dansait beaucoup et riait encore plus. Personne n’avait jamais réussi à l’éduquer, à lui apprendre les bonnes manières. Les bonnes manières sont des manières tristes. Ariane n’était pas douée pour la tristesse. Elle aimait et elle voulait. Le reste n’importait pas. Vivre est si bref. Donne-moi ce que j’aime. Je n’aime que la vérité. Donne-moi ce que tu es, laisse tomber ce que t’ont appris tes maîtres, oublie ce qu’il est convenable de faire. Telle était la magie d’Ariane : une rare plénitude d’être là, fraîche, simplifiée, simplifiante. Tu me prends, tu me laisses mais surtout tu ne me fais pas la leçon, tu ne m’expliques pas comment il faudrait que je sois. Je suis comme toi un cadeau de Dieu. Un cadeau ne se discute pas. Vivre est si rapide, il faut bien mettre un peu d’enthousiasme là-dedans, non? Tout Ariane disait des choses de ce genre. Elle avait choisi son mari parmi dix possibles. Ce mariage était jour de fête pour un homme et jour de deuil pour neuf autres. Un deuil réjouissant, enivrant, coloré : on ne pouvait pas en vouloir à Ariane. Autant faire des reproches au printemps. C’est Ariane et c’est la vie, blessure et lumière vous arrivent en même temps, on ne peut faire le tri, on ne peut demander un temps de réflexion, une pause, un répit, c’est la vie et c’est Ariane. Deux épousées en une.

Un tout petit conte moderne de 115 pages un peu fou mais très poétique dans lequel je vous invite à vous plonger.

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

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« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

« Réparer les vivants » est un magnifique roman polyphonique qui nous embarque pour 24 heures dans les méandres d’une transplantation cardiaque. Tour à tour dans la peau de Simon, Marianne, Sean, Lou, Juliette,Revol, Cordelia, Alice, Harfang, Virgilio, Rose,Claire et ses fils, on assiste au long cheminement psychologique, au questionnement, au lâcher prise que cet acte requiert.

Ce qui la tourmente, c’est l’idée de ce nouveau coeur, et que quelqu’un soit mort aujourd’hui pour que tout cela ait lieu, et qu’il puisse l’envahir et la transformer, la convertir -histoires de greffes, de boutures, faune et flore.

Virgilio a choisi le cœur pour exister au plus haut, tablant sur l’idée que l’aura souveraine de l’organe rejaillirait sur lui, comme elle rejaillissait sur les chirurgiens cardiaques qui blindaient dans les couloirs des hôpitaux, plombiers et demi-dieux. Car le cœur excède le cœur, il l’a bien compris. Même déchu – le muscle en exercice ne suffisant plus à séparer les vivants et les morts -, il est pour lui l’organe central du corps, le lieu des manifestations les plus cruciales et les plus essentielles de la vie

J’ai aussi été très sensible à toute la question autour de la définition de la mort, de son changement au fil des avancées de la médecine. Comme il doit falloir se faire violence pour intégrer que la personne aimée est morte alors que son coeur bat encore, que sa peau est tiède.

Au sein de l’hôpital, la réa est un service à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées, héberge ces corps exactement situés entre la vie et la mort. Un domaine de couloirs, de chambres, de salles que régit le suspense.

Car ce que Goulon et Mollaret sont venus dire tient en une phrase en forme de bombe à fragmentation lente : l’arrêt du cœur n’est plus le signe de la mort, c’est désormais l’abolition des fonctions cérébrales qui l’atteste. En d’autres termes : si je ne pense plus, alors je ne suis plus. Déposition du cœur et sacre du cerveau – un coup d’État symbolique, une révolution.

Comme au final, le plus dur dans cette question du don d’organe est pour ceux qui restent. Ceux qui doivent faire le deuil et être dépossédé, un instant, du corps du défunt tout juste après avoir intégré la disparition de ce dernier.

Je sais bien qu’il n’est jamais réjouissant de penser au moment où ne sera plus de ce monde mais parce que la question à son importance viens donc poursuivre la réflexion par ici